Les affres de l’adolescence dans les films d’horreur

A quel meilleur support songer que le cinéma d’horreur lorsque l’on souhaite transposer à l’écran l’agonie adolescente de la transformation corporelle et psychologique, la pression des deux mondes, celui de l’enfance que l’on quitte, et celui de l’âge adulte et ses codes incompréhensibles dans lequel on fait son entrée?

A travers cette sélection personnelle, je vais aborder plusieurs thématiques en lien avec cette période pubère complexe : le rapport à l’autre, le désir de plaire, le déchirement entre curiosité et peur de l’inconnu. Ce sont des sujets qui me passionnent, j’ai par ailleurs pris beaucoup de plaisir à faire des recherches littéraires et cinématographiques sur la question du trauma adolescent. C’est une période tellement clé, où nos mécanismes internes propres se consolident, se structurent et parfois se cristallisent autour d’évènements précis. L’enfance est évidemment cruciale, mais l’adolescence me fascine d’autant plus que j’ai souvent l’impression lorsque je parle à des adolescents, de parler à des esprits adultes qui occupent simplement des corps inachevés. Et ce décalage terrible entre adolescents-adultes et adolescents-enfants crée souvent des dissonances dans leurs rapports. Ce que j’aime aussi à cette période, c’est la remise en question de l’autorité, la remise en question de ce qui, jusque là, structurait tout leur univers. Etre adolescent c’est forcément embrasser le risque et l’aventure, car on sait que tout doit péter. C’est une question de survie. Et les films d’horreur à travers leurs tendances hyperboliques, leurs métaphores sanguinolentes, savent mieux que quiconque illustrer les multiples questionnements de cette période si sensible.

Grave

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Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue.

Ce que j’aime dans ce film, c’est le parcours introspectif de l’héroïne que l’on suit, jusque dans ses moments les plus intimes, les plus embarrassants, les plus étranges, les plus glauques. La caméra est parfois même intrusive, au point d’avoir envie de ne plus être là, de s’oblitérer, car l’intimité et la violence main dans la main sont trop omniprésentes, écrasantes. L’ambiance aseptisée d’une vivissection clinique des turpitudes de l’âge ado-adulte est absolument tranchante et brutale. On retrouve dans la musique et les couleurs un je-ne-sais-quoi de Carpenter, Cronenberg et tous ces grands films d’horreur des années 80, 90s, cette génération électro/techno qui emplit le quotidien d’une inquiétante étrangeté se transformant progressivement en terreur généralisée.

It Follows

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Jay est une adolescente américaine vivant à Détroit. Après avoir fait l’amour dans une voiture, elle est chloroformée puis attachée à une chaise roulante par son petit ami Hugh.

Ce que j’aime dans ce film, c’est le voile que l’on appose à ce « it ». S’agit-il d’un tabou? D’un non dit? D’un trauma? D’un secret? D’une maladie contagieuse? Du « ça », des pulsions que tout un chacun ressent? La photographie du film est absolument sublime, et le climat de peur, de paranoïa, contribue à l’instauration d’une belle tension allant crescendo. La ville de Detroit est superbement filmée, avec ces plans contemplatifs de la misère et de la vacuité du lieu, à mettre en parallèle avec la vacuité de la période adolescente. Le sexe tient lieu d’occupation principale dans cette ville et à cet âge où peu de choses bien palpitantes se passent. It follows, c’est parvenir à faire un film à frissons avec rien de bien tangible, et c’est absolument convaincant !

Teeth

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Après une visite sanglante chez un gynécologue et une recherche internet sur le vagina dentata (« vagin denté »), Dawn comprend qu’elle possède des dents acérées dans son vagin.

Ce que j’aime dans ce film, c’est la violence de la métaphore, pleinement assumée. Au début j’avais un peu peur du fiasco, mais au final, je me suis laissée totalement prendre au jeu. On assiste à l’évolution d’une héroïne pure baptisée Dawn (en anglais, l’aube) qui fait partie de cette jeunesse chaste et pure, totalement brainwashée par une Amérique puritaine et hypocrite. Même si les personnages sont stéréotypés (les jeunes filles vêtues d’un blanc immaculé, les garçons décadents tatoués qui écoutent du métal en se droguant…) il y avait quelque chose de réellement cathartique dans les scènes d’émasculation des méchants prédateurs !

Ginger Snaps

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Bailey Downs, une banlieue canadienne sans histoires, est en émoi quand quelqu’un (ou quelque chose) commence à tuer des chiens. Ginger(Katharine Isabelle) et Brigitte (Emily Perkins) Fitzgerald sont deux sœurs de 16 et 15 ans inséparables.

Ce que j’aime dans ce film, c’est la complicité des deux personnages principaux, en marge de cette petite ville canadienne aux teintes mornes et ternes où rien ne se passe. Elles s’amusent à mettre en scène des morts complètement folles : plus c’est graphique et gore, mieux c’est ! Elles se jouent de la peur et du conformisme ambiant, jusqu’à l’arrivée des premières menstruations d’une des deux soeurs… Cette période symbolique correspond avec une série d’attaques ultra violentes en ville. Une créature féroce sévit et dégomme une myriade de jeunes gens plein de vie. La métaphore de la lycanthropie est annoncée d’entrée de jeu comme servant la question de l’adolescence et des changements qui lui sont attribués, du désir de plaire, de se défaire du monde de l’enfance, de s’affirmer comme individualité…

Carrie

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Tourmentée par une mère névrosée et tyrannique, la vie n’est pas rose pour Carrie. D’autant plus qu’elle est la tête de turc des filles du collège. Elle ne fait que subir et ne peut rendre les coups, jusqu’à ce qu’elle ne se découvre un étrange pouvoir surnaturel.

Ce que j’aime dans ce film, c’est la pression instaurée qui pèse de plus en plus sur les épaules de Carrie, et dont on attend l’explosion finale comme une délivrance apaisante, une vengeance bien méritée. Entre les camarades persécuteurs et la mère bigote extrémiste, on comprend que la pauvre Carrie ne puisse plus tolérer les pressions d’un camp comme de l’autre : ses pouvoir télékinésiques sont révélés dés le début et s’affirment de plus en plus, excités par la colère, la peur, l’incompréhension. D’un côté, il y a les meutes adolescentes fustigées d’un conformisme monolithique, de l’autre la mère à la sexualité contrariée reportant toute sa frustration sur la religion et mortifiant sa pauvre fille faisant son entrée dans l’adolescence. Le film s’ouvre sur le sang, et finit par le sang. Ainsi, le sang déclenche les pires vicissitudes mais résout aussi ces dernières. Un must see !

Alors, quel film avez-vous vu, et quel film souhaiteriez-vous voir pour la période de Noël? Je vous souhaite de succulentes dégustations 😉

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17 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Carrie est un des premiers films d’horreur que j’ai pu voir en tant qu’ado, il y a presque deux décénnies déjà…! J’avais 11/12 ans, mon vidéo club situé sur un grand boulevard juste en face de chez moi, nous y allons tout les weekends avec mes amies avec qui je faisais des après-midi ciné à la maison ou des soirées pyjamas.

    Suite à ça, j’ai lu tout les Stephen King trouvé au CDI de mon collège… Des pavés !

    Aimé par 1 personne

    1. Haaaa mais trop drôle j’ai eu le même parcours que toi à ce niveau là et ça a été vraiment un « turning point » pour moi de lire Carrie et de découvrir toute la myriade géniale de livres et de films de son univers ! C’est dingue comment Stephen King pour notre génération est associé à des supers souvenirs d’enfance (à la stand by me ! Magnifique film avec River Phoenix 😍). Merci à toi d’être passée !!

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  2. corinne MARIN dit :

    sujet original et intéressant. Je partage votre article sur pinterest !

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    1. Oh mil mercis c’est adorable ! Heureuse que ça t’ait plu 😉

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  3. merci pour ta selection, mais malheureusement je ne regarde jamais de film d’horreur

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  4. sysyinthecity dit :

    Oh la la ce n’est vraiment pas mon style de films !

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  5. mamanpipelette dit :

    Coucou je n’ai jamais vu ces films, bon je dois dire que j’évite les films d’horreur dès que je peux… ^^

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  6. Sophie Metanoiada dit :

    J’ai en horreur, les films d’horreur justement 🙂 Donc je dois t’avouer que je n’en connais aucun ^^

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  7. Hello, certains films que tu nous présente on l’air vraiment clauque et terrible à la fois!! Je crois que je vais me mater TEETH ce soir, ça semble être le pire de tous!

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    1. Ha ha le plus ouf oui, mais sinon y a des classiques comme Carrie 😉 ha ha tu m’en diras des nouvelles !

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  8. Merci pour cette sélection de films ! Pour tout te dire, je ne connaissais que Carrie 😀

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  9. mysweetbeaute dit :

    Coucou,
    Non mais trop bien cette sélection, j’ai fait des captures d écran pour les télécharger ce weekend. Tu vois moi j en connaissais aucun. Mais bon je vais rattraper le retard. J’aime beaucoup ce genre de films de bouquins. Un régal lol. Bonne soirée et merci pour ta jolie sélection et aussi pour ces découvertes ^^

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    1. Ah trop heureuse que ça te parle ! Tu me diras ce que tu en penses! J’ai eu beaucoup de commentaires du style « j’aime pas les films d’horreur », ce qui clôt totalement la conversation, et ça commençait à totalement me frustrer… merci pour ton retour 😘

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