Le Syndrome de Stendhal

Vertiges, nausées, hallucinations, coeur qui s’emballe, évanouissements, amnésie… Voici les symptômes que vous pourriez un jour ressentir si vous étiez atteint du syndrome de Stendhal.

Qu’est-ce que ce syndrome portant le nom d’un grand écrivain français? 
Il s’agit d’un syndrome défini par la psychiatre italienne Graziella Magherini, qui a recueilli plusieurs centaines de témoignages en plus de 20 ans. Les témoignages révèlent  les récits de chocs esthétiques ressentis par des personnes frappées de confusion mentale, d’ébranlement physique après avoir eu une extase artistique digne d’une extase mystique.

La référence à Stendhal peut être illustrée par la propre expérience de l’écrivain qui une fois à Florence, totalement submergé par la beauté des sculptures et des oeuvres d’art que l’on y trouve en abondance, était « arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. » Il ajoute : « En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, […] la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. » (Rome, Naples et Florence, 1854)

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La quête du Moi
Selon Graziella Magherini, les voyages permettent d’agrémenter notre constante quête de nous même. C’est un « Gnôthi Seauton » nomade, un « Connais-toi toi même » constant qui se réalise par l’admiration, la profonde immersion dans l’objet d’art. C’est dans le plongeon total et intensif dans la beauté qui nous entoure que nous trouverons comme des éclats reflétant notre personnalité, nos questionnements et nos émotions profondes et secrètes. L’objet d’art agissant alors comme un objet transitionnel, il permet une immersion réflexive débouchant sur une meilleure connaissance de soi-même. Cette surabondance esthétique mêlée aux découvertes ontologiques peut parfois mener à une confusion, un sentiment d’étrangeté, un malaise. L’objet d’art souvent mythique (Pensons à la Naissance de Vénus de Boticelli, celle de la couverture de l’article, l’allégorie du Printemps, quelques magnifiques sculptures que l’on peut trouver à la Galerie des Offices à Florence…) conduit à une extériorisation des pensées, une matérialisation faite de l’intime, et cet ébranlement passager allié au décalage que tout voyageur ressent, pourrait créer un choc, ce que Magherini appelle « le retour du refoulé ». Les spectres du passé refont surface, la défragmentation du moi se déroule presque sous nos yeux, et tout ce qu’il en reste c’est un évanouissement, un tremblement de sens certainement !

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(Uffizi)

Le déséquilibre créateur
Le syndrome de Stendhal, c’est le règne de la sensation dans un monde où la connaissance de soi est trop souvent liée au logos, à la tempérance, à la connaissance des dieux et donc de sa « petitesse » humaine. Le syndrome de Stendhal, c’est pendant un court instant la fusion avec l’Idée, via le beau, via le mythe, c’est la réconciliation passagère de notre constante séparation avec nous-mêmes, avec le temps, avec l’univers. C’est le feu qui embrase, fait tourner la tête, c’est le vacillement de la flamme, le vertige temporaire. Nous avons autant besoin du feu qu’il a besoin de nous. Ce syndrome c’est la tension héraclitéenne : « Me reposant, je me transforme ». C’est se fondre dans l’oeuvre, dans l’un, tout en étant le témoin et le vaisseau d’un changement profond. C’est savoir que le déséquilibre est l’essence même de ce qui nous constitue, entre malaise physique et révélation profonde. Objet mythique fixe et spectateur chamboulé, vacillant.

Approfondissements
Je vous conseille cette émission sur France Culture qui déploie via divers témoignages et références au travail de Graziella Magherini des variations sur la beauté :

https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/variations-sur-la-beaute-44-le-syndrome-de-stendhal

Puis bien sûr, ce film de Dario Argento, avec son étonnante scène d’introduction qui illustre magnifiquement la beauté comme source de tension et d’étrangeté, ainsi que la crise personnelle qui s’en suit :

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Témoignages

J’aimerais terminer cet article par quelques témoignages éloquents de ceux qui ont pu ressentir le Syndrome de Stendhal :

Je ne l’ai malheureusement pas ressenti à Florence mais à Barcelone lorsque j’ai visité la Sagrada Familia. Je pense que je ne m’attendais pas du tout à ça à l’intérieur, je n’y étais pas préparée et puis la chaleur n’a pas aidé. Je me suis sentie dépassée par ce que je voyais et le soleil qui tapait dans les vitraux aux reflets opalins, c’était irréel.
Natacha

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C’est ouf à vivre – pleurer devant trop de beauté – c’est un hymen psychique qui se déchire et s’évacue par les larmes quoi – avec une vraie perte d’innocence de « je ne savais pas qu’il était possible de voir quelque chose d’aussi beau », un écrasement d’humilité et un transport de soulagement. « merci d’avoir fait de Moi un être humain, je suis RAVI d’être tout petit devant l’immensité condensée de cette oeuvre ».
Nicolas

Je suis allée me balader près de la rivière. Ce fut un enchantement. Le soleil orange inondait les champs d’une douceur presque palpable. Les arbres arboraient alors des teintes chaudes et les feuilles semblaient réfléchir l’aura dorée de l’astre couchant. Le vent caressait la peau des arbres. Une sérénité diffuse m’envahit alors. Plus le vent s’infiltrait entre les différentes couches qui me séparaient de l’univers, plus je me sentais une et unifiée. Le vent me rappelait ma totalité, me ramenait à ma corporalité et à ma mémoire, comme s’il caressait alors les différentes mosaïques de mon être… et la mémoire de ma pluralité m’unifiait encore plus face au vent invisible mais présent, qui, par un souffle continu, définissait mes contours. J’étais réellement bien et vaporeuse. 20 minutes de balade poétique valaient amplement tous les médicaments et toutes les drogues du monde. Face au cours d’eau dont les ondées émettaient de petits tintements cristallins, je me sentais absorbée. J’aurais pu y rester plusieurs heures. Ce cours d’eau était tout imprégné de magie aquatique. Je me sentais sereine et extatique face à lui.
Tiré de mon journal intime de 2011

31 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je connaissais ce syndrome mais je ne l’ai jamais ressenti. En revanche ma marraine l’a ressenti en entrant dans le Panthéon à Rome.

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  2. Claire dit :

    La Sagrada :O Je suis fan de cet endroit quand je vas à Barcelone ^^

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  3. Féelyli dit :

    Moi aussi je connais ce syndrome mais je ne l’ai jamais ressenti…

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  4. Rubigny dit :

    Coucou
    Personnellement je ne connais pas du tout ce syndrome
    J’ai appris quelque chose ce soir.
    Merci pour ton bel article.

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  5. Waaaouh, ça doit être carrément impressionnant à vivre, je n’ai jamais connu ça mais quelque part ça doit être comme fantastique !

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    1. Je te souhaite de le vivre un jour !! ❤

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  6. Sophie Metanoiada dit :

    Je n’ai jamais entendu parlé de ce syndrome, ni même ne l’ai vécu. J’ai eu beaucoup de chances et j’ai pu voyager énormément étant petite et encore maintenant, du coup je n’ai jamais ressenti cela. Ca n’empêche pas que je suis impressionnée du travail à chaque fois 🙂

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  7. coucou , je ne connaissais pas du tout ce syndrome !
    Et cette sagrada familia ! C’est magnifique

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  8. Julie dit :

    Je ne connaissais pas ce syndrome ou tout du moins ses effets, je ne l’ai jamais expérimenté.

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  9. crozaclive dit :

    tu me fais découvrir ce syndrome… je n’en avais jamais entendu parlé…

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  10. Jim dit :

    Le syndrome décrit des malaises , nausées et évanouissements. Comme une maladie. Je n’ai jamais ressenti ça devant la beauté , mais plutôt comme tu l’a expérimenté. Une overdose de bien être en pleine conscience. Devant la nature surtout. Mais c’est quasiment à chaque fois ! Devant des œuvres, les symptômes sont surtout de l’extase onirique profonde avec un boost d’enthousiasme , de foi en la vie et la rage de créer . Une déconnexion de la « réalité » (ou plutôt du physique ) très forte …

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    1. Oui, je partage totalement ta vision ! J’aime cette étiquette de « l’extase onirique » très typique des gens rêveurs comme nous 🙂

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  11. beatricelise dit :

    Cet article est particulièrement instructif et hyper intéressant. J’avoue que je n’avais jamais entendu parler de ce syndrome …

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  12. J’ai beaucoup aimé ta façon de présenter le syndrome. Merci pour cet article qui m’a donné envie d’en savoir plus je vais aller voir l’émission que tu conseilles. 🙂

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    1. Tu es adorable, mille mercis!!

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  13. marieexistmore dit :

    Wow que dire ! D’abord quel plaisir de relire un de tes articles, avec tes phrases bien tournées, un vocabulaire riche et un fond tellement intéressant ! Au début de l’article, je ne comprenais pas trop ce à quoi tu faisais référence. Ça me paraissait mystique, étrange, abstrait. Et puis au fil de tes mots, et surtout avec les témoignages à la fin, j’ai compris, je me suis dit mais oui c’est ça je vois ! Je ne sais pas si ce que j’ai vécue est réellement la même chose, je pense que c’est plus à une petite échelle, mais il m’est arrivé plusieurs fois, de rester subjuguée devant quelque chose que je trouvais magnifique (le ciel étoilé, une balade également, un coucher de soleil, moins par les œuvres d’art) et je pouvais rester là des heures et des heures à m’imprégner de ce sentiment étrange, de sérennité, à ressentir un chaos d’émotions, comme si je partais, je n’étais plus là, plus dans la réalité mais dans une autre dimension. Parfois même lorsque ces émotions étaient trop fortes je me mettais à pleurer, pour extérioriser ce qui se passait en moi, ce trop plein d’émotion et de sensation ! Alors je ne sais pas si c’est vraiment le syndrome de Stendhal que tu décris là mais c’est ce à quoi j’ai pensé lorsque j’ai lu ton article ! En tout cas merci beaucoup pour cet article super intéressant et enrichissant encore une fois !

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    1. Merci beaucoup pour ton message ! Je perçois totalement ce que tu dis là, quand tu évoques les pleurs, le chaos d’émotions et l’étrange sérénité mêlée à cet imbroglio sensitif ! Je crois que tu as vécu un véritable syndrome de Stendhal. Je pense que le paysage est une toile parfaite pour projeter ses pensées et émotions, pour les extérioriser quand on les sait présentes en soi, mais sous-exprimées 🙂 une forme de tremplin cathartique apaisant ! Merci d’être passée, tu as toujours des commentaires riches et encourageants, mille bises!!

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  14. LaGeekosophe dit :

    Hello ! C’est un syndrome dont j’avais entendu parlé il y a très longtemps. Je ne crois l’avoir connu, même si j’ai déjà eu un sentiment approchant en visitant des cathédrales. Mais lorsque je vois les magnifiques photos de la sagrada familia, je comprends l’existence du syndrome !

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    1. N’est-ce pas? 🙂 merci d’être passée !

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  15. Je ne connaissais pas du tout le syndrome de Stendhal mais je peux enfin mettre un nom sur ce qui m’est arrivé il y a 5 ans, dans la chapelle Sixtine à Rome. Je me suis tout à coup sentie toute bizarre et je me suis mise à pleurer – je ne comprenais pas ce qu’il se passait et ma meilleure amie, qui était avec moi, me regardait comme si je venais de péter un boulon ! XD

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    1. Wow ! Ton témoignage est superbe, et je comprends totalement ton émotion ! Tu étais certainement dans des conditions propices au débordement d’émotions, et je pense que tu as vécu ce que mon ami Nicolas appelle le « déchirement d’hymen psychique », la fonte des glaces émotionnelles pour croquer le coeur artistico-mystique de la chapelle! Magnifique!

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  16. je ne connais pas du tt merci pour ton article où j’apprend des choses

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  17. Louloutediary dit :

    Je ne connaissais pas du tout ce syndrôme, ni son nom. Je me coucherai moins bête ce soir comme on dit.
    Je n’ai jamais ressenti de vertiges, évanouissements, nausées devant la beauté d’un monument ou d’un paysage, mais plus de l’admiration et souvent les larmes aux yeux devant tant de beauté (avec le coeur qui s’emballe, je l’avoue). De mémoire, je l’ai ressenti à Oia, à Santorin. Cette journée de vacances était magique. Je rêvais de pouvoir aller à Santorin, et de voir la mer, toutes ces maisons blanches et bleues, le soleil qui les illuminait, c’était hors du temps. Ca restera d’ailleurs l’un de mes plus beaux souvenirs de voyage.
    Bonne soirée
    Elsa

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire, je suis allée admirer des photos de Oia à Santorin, et tu m’as vraiment donné envie d’aller contempler le paysage en vrai ! Je comprends tes beaux souvenirs ❤ Merci pour ton passage ici !

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  18. Je ne connais pas ce syndrome mais je comprend un peu mieux les gens qui tombent dans les pommes dans les concerts, c’est un peu ça aussi non ?

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    1. C’est totalement l’idée, je pense qu’il y a un peu les mêmes conditions réunies : agitation, foule, promiscuité, adoration, extériorisation de la vénération… Et c’est logique de tomber dans les pommes ! Merci pour ton commentaire éclairé 🙂

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  19. Merci beaucoup pour cette présentation car je ne le connaissais pas. En tout cas, cela me donne envie de visiter ce lieu à Barcelone.

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