Aboulie & Vacuité

Apparition d’une créature affamée qui pousse au vampirisme et à l’auto-vampirisme, amenuisement de l’élan vital, étendue de plages de néant.

On m’a toujours pris pour une petite fille qui joue avec des couteaux.

Elle a un trou dans le ventre. Et ce trou fait qu’elle a tout le temps faim. Mais pas de nourritures terrestres. Elle a beau manger, cela ne change rien. Il y a toujours cette béance, ce gouffre qui la dévore de l’intérieur. A l’intérieur d’ailleurs il doit sûrement y avoir du feu. Un feu inépuisable. Un feu qui se retourne contre soi-même. Elle cherche de quoi remplir ce vide. Mais tout le monde a peur de se faire cramer. Il n’y a aucune limite, un immense terrain vague sans aucune barrière ; au centre un volcan. Et personne, personne, ne veut s’y risquer. Les plaisirs terrestres leur suffisent. Ils trouvent une satisfaction dans les compromis du quotidien. Ils lui font croire qu’ils sont prêts à se faire incendier. Ils jouent avec des miroirs et des écrans de fumée constamment. Ils se font leur shoot d’adrénaline. Et ils agrandissent le fossé qui la creuse avec leurs mensonges et leurs illusions. Ils jouent aux magiciens. Sauf que tout est faux, tout, même leur salutation au public sonne faux.

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Je suis ce que vous faites de moi, poupée de breloques et de croyances ; je suis heureuse quand vous m’habillez de vos désirs. Vos désirs excitent mes désirs et tout se fond en un désir total, mon désir. Jamais là, toujours à fureter dans l’avenir et projeter mes plans sur Jupiter et Vénus, ou triste d’un douloureux passé auquel ma fibre nostalgique donne un pouvoir colossal : tel des talismans jetés dans un abîme puis retrouvés et chéris pour leur qualité d’objet, ma fidélité se conjugue au passé. Je ne suis au présent que lorsque le regard se dirige vers moi, m’aime et me recouvre de son voile concupiscent. Je sais pourquoi je suis là et demeurerai pour l’heure qui suivra. Mais sans ce voile lourd de jolis mensonges et d’élucubrations d’illusionniste, où est mon âme? Elle se nourrit de ce que vous lui donnez. Elle doit sans cesse gonfler ses voiles pour s’envoyer en l’air, plus haut que les ailés, et accélérer le lent flux de la vie. Sans cette drogue, elle ne sait où aller ni même se servir de sa boussole. Les aiguilles déréglées ; elle n’a plus le désir de la réparer. Elle a fait la pénombre sur l’existence de cette boussole pour se laisser bercer par un flot de contingence. Le sens réside dans le hasard et elle absorbe les moindres signes de son chaos. Pourquoi être maître quand on peut voguer à perte et dériver sans cesse? Pourquoi créer des frontières là où on peut établir son royaume en des marécages de nuages? Et vivre tel un enfant du désir, placé sur un agglomérat de reflets brisés d’opale et de cristal? Sur ces larmes androïdes se fixent des lambeaux de mon être et je trône sur ce siège élimé, prêt à s’effondrer, mais que faire, je suis au moins reine de quelque chose ; reine des pleurs égotiques aux facettes miroitantes… reine parée de bijoux de larmes nycthémères qui s’évanouissent dés les premières lueurs de vérité, furtifs coups d’œil de Dieu. J’aime et mon corps s’embrase. Alors mon cœur est esclave de ce torrent de lave incandescente à contre-sens. J’aime et je me recentre. Alors qu’une joie terrienne s’installe, la volage excitation s’éclipse. J’aime et je veux tout.

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Éclisses
Je ne suis moi que dans la décadence des sens,
dans la recherche du sang, sexe, sirènes, sillons,
dans la quête du plus profond de toi,
prisme éclatant occulté derrière le sombre miroir
Je ne suis moi que dans la troublante ambivalence,
océan de larmes sous clef, volées de rires à tout va,
Je cueille les pommes rondes et fraîches de la frustration
M’enduis les paupières du baume du Mal incarné,
pour me rendre aveugle aux étoiles suspendues
je renouvelle l’onguent de la détestation tous les soirs
au creux de rêves inavouables, donne à mes distances
le terreau du doute, le soleil qui brûle toute évidence,
mais je ramperai sous un ciel aussi fêlé d’étoiles fuyantes
pour que tes regards absents dans mes nuits d’ivresse solitaire
me donnent un morceau de toi, une brisure
de ce que tu fus à un instant,
alors
Arrêtez les aiguilles qui trépignent
Ecartez-moi de ma proche finitude,
Je ne veux qu’un éclat de vérité entre mes mains,
car n’est vrai que l’amour temporel,
seuls dans la salle qui suit le vestibule de tes mots,
seuls mais ensemble, voici la vérité,
l’attention que tu portes à tout ce qui me tue de l’intérieur,
les efforts que tu fais à combler mon incomplétude,
chaque nuit, essayer de m’éloigner de ma propre coulée de sang,
chaque nuit, m’aimer et m’offrir le présent.
Voici mes éclisses de vérité, je te donne ma temporalité.

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Mon esprit se sent vide, tapi dans le mutisme,
il communique par le regard et la parole inaudible,
les mots invisibles du cœur,
les sentiras-tu te labourer les entrailles,
creuser ton ventre jusqu’à une faim si originelle
que rien d’autre ne te comblera plus que de combler.

LE VIDE 2

Textes et photos
L’Envers Des Corps

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. yannucoj dit :

    Voilà pour moi une approche inédite, en rupture avec le rapport traditionnel que j’entretiens aux œuvres littéraires, mais fort intéressante !
    Le temps d’une lecture, je me suis senti totalement isolé du monde réel, et j’ai juste regretté qu’un état sensoriel (le toucher, en fait) ne me soit pas accessible.

    Aimé par 1 personne

  2. Texte magnifique ! Il faut qu’on en parle.

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  3. Jim dit :

    Les textes donnent l’impression d’une écriture automatique; comme si ton personnage était atteint d’aboulie même dans la rédaction. Il laisse cette volition à autrui ou à un esprit au dessus. J’ai dû me renseigner d’ailleurs sur le terme d’aboulie ^^ Poétique à souhait donc car possédé et bien illustré par la dernière photo … J’adore. C’est dark mais ça résonne toujours quelque part en nous.

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  4. I love this post and adore your photographs!!! So sensual!!!

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