Californie, carnet de bord (prose libre)

19 juillet.
Dans l’aéroport CDG en attente du vol vers LA. Stress et appréhension mêlés d’excitation : douane américaine et jungle kafkaïenne, émoi fiévreux d’être à LA, d’errer à Santa Monica, Venice Beach, entre les palmiers, les couleurs psychédéliques, les vapeurs d’ivresse et le soleil de plomb-latitude Maroc. De visiter le Getty et de se perdre dans la forêt musicale d’Amoeba, de s’émerveiller comme il y a 5 ans devant la vue si cinématographique de l’Observatoire. Se sentir Mulholland Drive, se sentir Lost Highway, se sentir Lalaland, se sentir Californication, Hank Moody. Les personnages qui me fascinent et m’émeuvent sont forcément ceux issus de la fiction. Rarement le réel. Être partagée entre la fascination et la terreur dans le désert et les canyons face aux paysages surréels, aux animaux, à la torpeur et à la sauvagerie de la faune et de la flore environnantes. S’attendre à une épiphanie digne du film CRAZY dans le désert. J’ai pas juste envie de voir avec mes yeux de touriste qui « s’émerveille ». Beurk, j’ai envie de profiter de cette période un peu hors du temps pour « déconnecter », décrocher du continuum espace-temps et ne vivre que pour la couleur, le son, la texture, la vibration. Pour le rêve. Le rêve dans le rêve. Se rapprocher d’un idéal inconscient d’enfance, un fantasme de désagrégation de soi dans une vision érotique et voilée, brumeuse, iodée, pure.

20 juillet.
Venice Beach + Santa Monica. Couleurs miroitantes, mer et brise, soleil traître et démoniaque qui brûle la chair. Des compliments dans la rue, une aisance, une chaleur humaine. Des tags magiques partout. Une errance iodée, une ambiance survoltée à Santa Monica, les cris sur les grandes roues, les chanteurs aux voix abîmées par le whisky, des sportifs, des corps surdéveloppés partout, des clodo créatifs donnant des « shitty advice » pour 1$. Un lieu hautement touristique, mixé mais pas mixé, les gens se déplacent par groupe ethnique, rarement mélangés. Puis il y a les « front yards » absolument adorables. Ces petites ouvertures méditatives sur le monde extérieur, ces sortes de tableaux vivants naturalistes et figuratifs où l’on aperçoit les californiens (d’adoption souvent) fumer une herbe délicieuse, chiller et absolument rien branler tout en dépensant 5K par mois. Ahurissant ! Enormément de « producteurs » de cinéma, d’écrivains… tous logés dans des palaces. Summum du luxe. La piscine et le jacuzzi à bulles à disposition dans la résidence sont salvateurs chaque soir. L’on y rencontre des acteurs, des scénaristes, des vieux riches. En plus de toute cette sympathique faune, il existe toute une faune très sauvage : écureuils, corbeaux, chiens et otaries qui vivent leurs vies en harmonie. Mélodies étranges le matin, caquètements, jacassements et aboiements. 25 degrés, un soleil permanent. Et puis il y a les canaux de Venice, toutes ces maisons multicolores alternées de palmiers et cerclées d’eau, une vision enchanteresse.

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21 juillet.
Blabla avec les locaux qui racontent aisément leurs vies, sont chaleureux mais ne vont pas spécialement développer davantage les liens. Chaleur humaine mais contact éphémère. Quelques prototypes « hooker-like » ont fait irruption dans le paysage. Triplettes aux 3 corps similaires, monstre tricéphale, extensions blondes, hâle surprononcé, mouchoir en denim servant certainement de short. Taille minimale. Poitrine maximale. A land of contrasts.
Le soir. Coucher de soleil sur le Getty Museum et filet de lumière grisant des véhicules beaucoup trop chers circulant tel un long serpent sensuel ondulant son corps autour de ce haut lieu de la culture et de l’hédonisme. Beaucoup d’inspirations visuelles, une forme de ressourcement intense.

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1er août.
Journée à LA : Hollywood et Downtown. Découvertes musicales à Amoeba, je repars avec 2 vinyls neufs, 2 vinyls d’occasion à 1$ chacun. Bonne pêche !
Pélerinage dans les superbes bâtiments art déco de la ville : le Pantages Theatre, Jewelry Center, Oviatt Penthouse, One Bunker Hill, la Public Library, sa rotonde et ses salles tout aussi ornées et oniriques.
En mangeant dehors, j’observe la rue la nuit. Peu de vie, d’animations extérieures, pas de sentiment que la rue vibre et vit. Beaucoup de sdf mutilés, fous, violents avec eux-mêmes. On croise aussi des spécimens dignes de séries dramatiques. Trois latinos joliment parés de bracelets électroniques, tatoués de partout, boombox hurlante, taquinant les sdf et hurlant leurs couplets de lovers à la R.Kelly !
La ville est étrange. D’un côté, des endroits sublimes au patrimoine riche et beau, des appartements aux larges ouvertures, belle lumière où l’on peut se projeter. Des transports pas si pourris en ville compte tenu de la surcirculation. (Les bus ne sont pris que par la plèbe désargentée et les cassos qui hurlent « Faggot » au chauffeur qui daigne s’arrêter 200 mètres plus loin que l’arrêt…), des librairies fascinantes (The Last bookstore et son horror vault, dans le coffre fort d’une ancienne banque!!) Mais du côté plus sombre, LA est une ville à moitié croulante, ségréguée, étendue et souffreteuse, mais aussi remplie de femmes à qui on ne donne plus d’âge, botoxées et refaites, addict aux régimes vegan / organic / gluten-free, des hommes gonflés à bloc par la prot’, les stéroïdes et la muscu. Pas d’entre-deux. Pays des extrêmes.
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Et sur la route pour découvrir l’Utah et ses canyons, il fallait faire une halte à Las Vegas… the Sin City ! Prochain épisode : les révélations mystiques dans le Canyon…

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. sofy from sxb dit :

    j’adore ton évocation de la Californie. c’est tellement juste et tellement bien dit.
    j’attends maintenant tes mots et tes impressions made in Las Vegas !

    Aimé par 1 personne

    1. Mille mercis pour ce gentil commentaire !! Ha ha ha, je vais surtout évoquer le Canyon, car Las Vegas est folle mais moins poétique pour moi que les paysages de l’Utah, quoiqu’on pourrait écrire des vers bien hallucinés après une escapade dans la sin city! Encore merci ❤

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