Ladies of the Canyon

Arrivée à Zion, Utah. C’est magnifique. Montagnes de feu et de pourpre striées de vert de gris, monts rupestres ancestraux majestueux et imposants. Forêts verdoyantes en bas, rivière au flot virulent, soleil d’or éclairant le flanc des monts érigés. Faune pas du tout farouche, daims qui n’existent pas en France, « mule deers » aux longues oreilles, démarche gracile, danse des pipistrelles au-dessus de nos têtes. On attend le lion des montagnes, sorte de félin puissant, gros chat des sables.

Qu’il est bon d’écrire au clair de lune (pleine lune + éclipse), sous la bénédiction des astres, des insectes nocturnaux, des oiseaux dont on ne connaît pas le langage, sous une chaleur diffuse, enveloppante et sèche, riche de rêves et d’idéaux sacrés.
J’ai deux chansons clé qui me sont revenues quand on a commencé à aborder les canyons. « Ladies of the canyon » et « California » de Joni Mitchell (pour notre ancrage à Los Angeles et la côte).

J’imagine, ou du moins je commence à colorer cette expérience d’une tonalité imaginaire plus précise : le canyon est féminin, c’est un symbole de la force féminine, teinté de menstrues, cerclé de cycles, bordé de broussailles, renfermant des zones humides, des coins d’eau secrets où la vie jaillit et la vie se crée. Je me sens comme une lady of the canyon.
Le canyon me ramène à une énergie féminine et mystique, un présence-ressource, présence-inspiration, présence vitale en adéquation avec cette pleine lune si mystérieuse. Le féminin est une forme de cours d’eau puissant qui ne s’arrête jamais de couler, qui ressource infiniment et permet de demeurer, là, au creux de la terre, riche de tout, désireux de rien d’autre. C’est aussi une présence réconfortante et pleine d’humour qui moque les esprits trop insolents et ambitieux. Elle est simple, pure, belle et parfaite, car elle EST, tout simplement. Le masculin se targue parfois un peu trop d’avoir raison et veut tout ascensionner et « monter ». Le féminin est.

Ce rouge-orangé-noir, ces aspérités, ces anfractuosités alternés de pans de roche polie par les eaux millénaires… les histoires diluviennes que raconte la roche sont fascinantes. L’énergie du canyon est duale. D’un côté, elle pousse à la contemplation, elle donne des ailes, de l’endurance, elle exhorte à toujours aller explorer plus loin et plus profondément. D’un autre côté, elle fige l’être : la pétrification est mentale, une forme de subjugation. Être sous le joug de sa beauté. Elle ralentit le corps pour mieux apprécier et prendre à compte-goutte le paysage sublime qui se dessine et évolue sous nos yeux ébaubis. L’énergie féminine est libre et sauvage, fluide, aérienne mais aussi solidement attachée au terrestre. Elle représente une forme de défi pour l’énergie masculine qui souhaite contenir, donner une forme, elle remet implicitement en question les capacités du masculin. Mais ce n’est pas le cas, ils n’évoluent juste pas sur le même plan, et utilisés harmonieusement, peuvent se compléter idéalement.

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