L’araignée

Ayant découvert il y a peu l’exposition de Tomas Saraceno « On Air » au Palais de Tokyo, je souhaitais vous faire découvrir cet univers arachnéen et engagé que j’ai eu la chance d’explorer. Tout d’abord, un mot d’introduction du musée :

« L’exposition ON AIR se présente comme un écosystème en mouvement, accueillant une chorégraphie à plusieurs voix entre humains et non-humains, où les oeuvres révèlent les rythmes et trajectoires communs, fragiles, et éphémères qui unissent ces mondes. ON AIR se construit grâce à la multitude de ces présences, animées et inanimées, qui y cohabitent. 

L’exposition est comme un ensemble, qui révèle la force des entités qui peuplent l’air et la manière avec laquelle elles nous affectent : du dioxyde de carbone (CO2) à la poussière cosmique, des infrastructures et fréquences radio à de nouveaux couloirs de mobilité aériens. Ces histoires invisibles, qui composent la nature dont nous faisons partie, nous invitent à repenser poétiquement notre manière d’habiter le monde – et à réévaluer notre manière d’être humain. »
https://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement/air

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Cette exposition infiniment dense et intrigante vous plongera dans des questionnements écologiques, sociaux et philosophiques au rythme d’expérimentations plastiques, vidéo et musicales. De mon côté, c’est la symbolique de l’araignée qui m’a fascinée… Alors j’ai sélectionné quelques recueils et citations autour de cet animal si mystérieux et incompris. (PS : les toiles d’araignées du musée sont bien RÉELLES)

L’araignée : une peur collective

“I used to imagine the spider creeping down, crawling into my mouth, sliding down my throat, and laying loads of eggs in my belly. The Baby spiders would hatch after a while and eat me alive, from the inside out” 
― Darren Shan, A Living Nightmare

L’araignée cristallise à elle seule bon nombre de phobies ! Est-ce à cause de ses 8 pattes, son corps velu, ses déplacements parfois chaotiques, son radar à peur ? Tout ça à la fois !
Pourtant l’araignée n’est pas que symbole de peur… c’est aussi une incroyable tisseuse démiurge !

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L’ouvrière de l’interconnexion

On peut souvent comparer les araignées aux brodeuses (les fatas, fées du destin) et aux mouvements intérieurs et nourritures extérieures qui alimentent et transforment une culture :  « Elles capturent non seulement la nourriture nécessaire, qu’elle soit spirituelle ou physique, magique ou profane, mais aussi l’extérieur, l’exogène, nuisible ou pas : elles représentent le caractère anthropophagique de toute culture. »
http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2005.goyon_m&part=98627

Chaque culture naît du métissage, de la digestion, de l’incorporation d’éléments extérieurs, et l’araignée dans sa toile peut symboliser tout ce travail.

L’araignée ou la Femme Double

« Elle est le symbole associé à Double Woman, représente à la fois le produit de la créativité et de l’habileté de sa créatrice, mais aussi la capacité à capturer les rêves comme les prières ou « vœux » (rappelons nous que les brodeuses font un vœu afin de parfaire leur habileté dans le travail aux piquants). Les rêveuses de la Femme Double décrites par Wissler322portaient souvent des cerceaux maillés d’une toile ou des miroirs, utilisés pour renvoyer des éclairs et détecter d’autres rêveurs potentiels, mais aussi pour « attraper » des rêves et des prières dans le public. »
http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2005.goyon_m&part=98627

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La relation de l’âme au corps

“I am the unseen. For centuries I have been here, beneath this great city, this metropolis. I know your language. I know all languages. . . . My cave is broad and cool. The sun cannot send its heat down here. The damp soil is rich and fragrant. I turn softly on my back and place my eight legs to the cave ceiling. Then, I listen. I am the spider. I see sound. I feel taste. I hear touch. I spin this story. This is the story I’ve spun.” 
― Nnedi Okorafor, Lagoon

Selon Héraclite, l’araignée au centre de sa toile symbolise la relation de l’âme au corps, lorsqu’un insecte brise les fils de sa toile, elle s’y précipite pour les réparer, comme l’homme se précipite pour panser une blessure. L’araignée au centre de la toile représente le royaume de la conscience, et toute la toile symbolise le corps, et notre relation si sensible à ce dernier, mais aussi l’impact du corps sur l’âme, pas seulement l’inverse.

Le totem des écrivains

“I remember Spider Woman from the first page of Leslie’s novel Ceremony. She is the Thought Woman who names things and so brings them into being. Until then, I had imagined myself alone in believing that spiders should be the totem of writers. Both go into a space alone and spin out of their own bodies a reality that has never existed before.” 
― Gloria Steinem, My Life on the Road

C’est plus largement le totem des artistes et de tous les créateurs. Tous ont besoin de cette solitude, ce recentrement pour mieux tisser leurs mondes intérieurs et les extirper hors de soi(e), hors de son noyau palpitant…

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Exposition jusqu’au 6 janvier 2019 au Palais de Tokyo, Paris

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