La mort intérieure

In the dreamy silence
Of the afternoon, a
Cloth of gold is woven
Over wood and prairie;
And the jaybird, newly
Fallen from the heaven,
Scatters cordial greetings,
And the air is filled with
Scarlet leaves, that, dropping,
Rise again, as ever,
With a useless sigh for
Rest—and it is Autumn.

« Autumn », Alexander Posey

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Novembre est souvent corrélé à une forme de tristesse, un entre-deux de vacuité entre la beauté mordorée d’une fin d’été (comme décrite dans le poème) et l’allumage noëlien des lampions féeriques. Le scorpion correspond à cette période de dépouillement, d’entrée dans les eaux profondes et occultes qui demande une introspection solitaire, une confrontation parfois brutale et vulnérabilisante aux démons et aux angoisses.

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Longtemps je me suis dit que Novembre était un temps où il fallait attendre en serrant les dents. Aujourd’hui (et particulièrement cette année, placée pour moi sous le signe de l’expansion, de la découverte et de la zénitude absolue) je me rends compte que Novembre peut aussi être synonyme de recueillement et de lâcher-prise. Il s’agit non pas de lutter contre le refroidissement et la mise à distance naturelle avec les êtres humains et les choses qui nous apportent de la chaleur et du bien-être, mais de trouver ce bien-être au cœur même du détachement et d’une forme de simplicité. Novembre, c’est aussi accepter de se faire ensevelir sous le tapis de feuilles rubescentes, de se laisser embrasser par les lueurs mordorées du soir, de se dissoudre dans la rosée matinale et de laisser son reflet se noyer dans les lacs de glace.

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C’est s’endormir tôt en lisant un bon livre, écrire quelques mots dans un carnet, se retrouver seul pour faire peau neuve, et laisser couler les remarques désobligeantes des êtres en proie au tumulte hiémal à l’approche de la saison froide.

Au final, c’est se laisser mourir intérieurement. Non pas tuer activement le moi, mais le laisser se dépouiller de ses lambeaux, ses scories et ses peaux mortes. Abandonner les béquilles de l’égo, les échasses du pouvoir… toute forme d’accessoire existentiel sera de toutes façons arraché. Savoir qu’au cœur de l’hiver, le minimalisme ontologique sera de mise, et que cette période un peu rugueuse nous y prépare.

La transition du 31 octobre/1er novembre nous y dispose extrêmement bien, elle symbolise la fin des récoltes, la rupture avec la saison chaude, l’entrée dans une phase sombre et intérieure, un repli, mais aussi une exploration autoscopique d’abord représentée par le lever de voile entre les mondes. Monde naturel et surnaturel, monde extérieur et intérieur, monde réel et imaginaire, monde pratique et sensible tendent à affiner leurs frontières, à se fondre l’un dans l’autre… Novembre travaille en souterrain pour mieux construire de nouvelles passerelles.

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Dans ma sélection de poèmes 100% anglo-saxons sur l’automne, on retrouve les thématiques de la mort (symbolique et physique), de la perte, de la beauté de la décroissance (pas assez célébrée à mon goût !), de la solitude et de l’inconscient.

Cette période typiquement Scorpion nous apprend aussi une chose fondamentale : plonger en soi, en son intériorité et dans sa part d’ombre permet aussi de se connecter à sa part occulte. La descente du scorpion permet d’aller fouiller dans les territoires des désirs réprimés, des tabous, dans ses peurs, dans sa sorcellerie personnelle.
« Where there’s fear, there’s power ». Connaître ses peurs, les enlacer, pour mieux en extraire son pouvoir personnel.

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‘Oh whence do you come, my dear friend, to me,
With your golden hair all fallen below your knee,
And your face as white as snowdrops on the lea,
And your voice as hollow as the hollow sea?’

« The Poor Ghost », Christina Rossetti

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In my Autumn garden I was fain
To mourn among my scattered roses;
Alas for that last rosebud which uncloses
To Autumn’s languid sun and rain
When all the world is on the wane!
Which has not felt the sweet constraint of June,
Nor heard the nightingale in tune.

Broad-faced asters by my garden walk,
You are but coarse compared with roses:
More choice, more dear that rosebud which uncloses,
Faint-scented, pinched, upon its stalk,
That least and last which cold winds balk;
A rose it is though least and last of all,
A rose to me though at the fall.

« An October Garden », Christina Rossetti

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I dwell alone—I dwell alone, alone,
Whilst full my river flows down to the sea,
Gilded with flashing boats
That bring no friend to me:
O love-songs, gurgling from a hundred throats,
O love-pangs, let me be.

Fair fall the freighted boats which gold and stone
And spices bear to sea:
Slim gleaming maidens swell their mellow notes,
Love-promising, entreating—
Ah sweet but fleeting—
Beneath the shivering, snow-white sails.
Hush! the wind flags and fails—
Hush! they will lie becalmed in sight of strand—
Sight of my strand, where I do dwell alone;
Their songs wake singing echoes in my land—
They cannot hear me moan.

« Autumn », Christina Rossetti

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My sorrow, when she’s here with me,
Thinks these dark days of autumn rain
Are beautiful as days can be;
She loves the bare, the withered tree;
She walks the sodden pasture lane.
Her pleasure will not let me stay.
She talks and I am fain to list:
She’s glad the birds are gone away,
She’s glad her simple worsted grey
Is silver now with clinging mist.

« My November Guest », Robert Frost

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I find sweet peace in depths of autumn woods,
Where grow the ragged ferns and roughened moss;
The naked, silent trees have taught me this,—
The loss of beauty is not always loss!

« November », Elizabeth Drew Stoddard

« I cried over beautiful things knowing no beautiful thing lasts. »

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 (phrase extraite de « Autumn Movement », Carl Sandburg)

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Un magnifique poème pour conclure :

Under the harvest moon,
When the soft silver
Drips shimmering
Over the garden nights,
Death, the gray mocker,
Comes and whispers to you
As a beautiful friend
Who remembers.

Under the summer roses
When the flagrant crimson
Lurks in the dusk
Of the wild red leaves,
Love, with little hands,
Comes and touches you
With a thousand memories,
And asks you
Beautiful, unanswerable questions.

« Under the Harvest Moon », Carl Sandburg

 

Photos
Natassja Blackmoor & L’Envers des Corps

Lieu
Cimetière de Montparnasse

Tenue
Robe à fleurs flavescentes, Boohoo
Veste au col en fourrure, River Island

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. L'Akène dit :

    Ton texte est absolument magnifique et tu as merveilleusement incrusté les photos pour donner à l’ensemble une atmosphère idéale pour la saison !
    C’est grâce à La Lune Mauve que je suis tombée et j’aime beaucoup ton univers que je découvre peu à peu 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Quel adorable petit mot ! Cela me touche énormément. Un grand merci à la Lune Mauve pour son partage altruiste, et un grand merci à toi pour ton retour vraiment positif. ❤️❤️❤️

      Aimé par 1 personne

      1. L'Akène dit :

        C’est avec plaisir …
        J’ai tant aimé cette découverte que je me permets de te mentionner dans mon article qui sort demain, sur les Liebster Award 2018 avec quelques questions sur ta manière d’écrire. Si cela te tente bien sur ! Je sais que c’est un peu surfait mais ça peut également être sympathique à mes yeux ! 🙂

        J'aime

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