Éloge du souvenir

Si j’ai quelque peu délaissé le blog ces derniers temps, c’est car j’ai entrepris l’écriture de 3 manuscrits en simultané (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué). J’avais déjà pour projet de faire un beau recueil de poèmes ésotériques qui sentent le soufre, un projet collectif qui j’espère verra le jour en 2020. En parallèle, lorsque je suis revenue dans le sud pour Noël, j’ai décidé d’enfin ranger ma chambre d’enfance -véritable fourbi fourre-tout- et ce grand nettoyage de vacances m’a permis de renouer avec de vieux souvenirs que je chéris énormément : les poèmes écrits entre 7 et 11 ans, les jeux et les journaux qu’on créait avec ma meilleure amie… J’ai voulu immortaliser l’influence de mon enfance et de mon environnement sur mon inspiration. Alors j’ai commencé à écrire plusieurs poèmes en lien avec mon lieu de vie, les habitudes d’enfance, les soirées en ville plus tard… Avec un peu de chance, je pourrais illustrer ce nouveau recueil de photographies ! Si mon enfance n’intéresse pas grand monde, de belles photos pourraient en intéresser plus d’uns ! Et ultime et le plus chronophage et exigeant des projets… le roman. Un roman parti d’un rêve fait il y a 7 ans. Un rêve incroyable et puissant. Beaucoup de recherches et tout un travail d’imagination autour de ce roman fantastique / coming of age qui ciblera les adolescents et le public jeune adulte. Alors face à tous ces projets, j’ai un peu mis entre parenthèses mon activité bloguesque. Il faut dire que même si la satisfaction d’écrire est grande, celle d’avoir des retours constructifs l’est tout autant, et il arrive assez souvent que mis à part quelques fidèles au poste qui me poussent constamment à m’améliorer et à continuer, le public touché par les articles demeure assez restreint. Peut-être que la cible sera encore plus limitée avec les recueils et le roman (qui prendra plusieurs années je pense encore…), mais s’il y a une infime chance que mes idées atteignent plus qu’un lectorat constitué d’amis et de quelques bloggers passionnés, je pourrais m’estimer heureuse… peut-être satisfaite?

En attendant les diverses publications, voici une sélection des quelques poèmes du Sud !

Perpignan : « Je ne suis pas celle que vous croyez »

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Comme dans un tableau de Van Gogh tu m’apparais,
Plus mystérieuse et plus riche que tu n’y parais,
Sous le vent tu mues et ondoies,
Tu n’es jamais celle que l’on croit.
Vétuste et sale,
Urbaine pierre tombale,
On te juge bien vite.
Tes trottoirs des chapelets de déjections canines,
Tes rues glauques entre deux deals, deux guerres intestines,
Ne font pas que ton charme si atypique,
Il y a aussi les ruelles aux odeurs d’olives et de thym
Qui embaument jusqu’aux terrasses secrètes,
Les toits roses qui mènent aux montagnes épiques
Un ciel céruléen qui se fond dans la mer au loin.
Je pense aussi…
Aux regards francs et aux rires à tue-tête,
Aux rues serpentines aux couleurs expressives,
Dévoilant à qui veut d’impudiques lessives.
L’art déco tutoie le hlm,
Le marbre chevauche les bennes,
L’académique fait les yeux doux au rococo italien.
Et ces habitants au rire coquin,
N’ont-ils honte de rien ?
Ils côtoient et le bourgeois et le plébéien
Sans vergogne et sans loi,
Car ici n’est pas seul maître ce que l’on voit.
Les territoires qui se déploient sous nos yeux
Nous renvoient à nos imaginaires envieux…
A Paris on rêve d’ici,
Ici on rêve peut-être d’ailleurs,
Entre grisaille et répit,
Dans le souhait d’une vie meilleure.
Mais entre deux verres fracturés par le rayon de lune,
On s’agrippe à son Carignan,
Comme un poète à sa plume,
Les yeux amoureux, en mirant le couchant.

Fugace été

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Il y a l’été et les jeudis enfiévrés,
La moiteur des soirs rue de la cloche d’or,
Entre tapas, liqueurs et sourires volés,
Du Flamenco aux Sardanes, c’est le sud qu’on voit éclore.

La verrerie carillonne et tinte
Le temps des vœux prend place chaque soir,
On s’échange les souhaits et les étreintes
Des désirs qu’on égraine le long des trottoirs.

La rue se fait festif déversoir
Des folies et fantasmes que tous cultivent,
Où le vin coule à flot comme d’un arrosoir
Qui ne cesse d’abreuver les âmes trop avides.

Il y a l’été et les promesses renouvelées,
D’un soleil immaculé sur la ville éblouie,
Le murmure du vent à nos oreilles prêtées
Et les rires des gitanes aux jupons raccourcis.

Je nous vois rigoler, et la nuit savourer,
Car ce temps est précieux et ne dure que peu ;
Sous la douce parure de la voie lactée,
Je grave la signature de notre nuit d’adieux.

Confessions au Zinc

Au creux de la pierre réchauffée par les soleils artificiels,
On s’est racontés nos secrets, nos rêves, nos éveils sensuels.
On avait seize ans, aujourd’hui on en a deux fois plus,
Et même si on a plus besoin de ces jeux d’illusionniste, de ces foutues astuces,
Je crois que je ne grandirai jamais plus que lorsque j’ai compris qu’au-delà de nos émois,
Il n’y avait rien, si on décidait de les polir, les lisser, de pierre brute à peau de chamois.
Si grandir c’est enterrer son enthousiasme, perdre son petit bout d’âme,
Afin de rentrer dans des vêtements de grand pour avoir l’air d’une dame,
Je préfère rester la fille qui sirote son vodka-poème pour toujours,
La recluse l’incomprise la pestiférée qui s’énamoure
Sûrement trop sûrement pas assez sûrement mal
Mais mes rêves qui sont accrochés au lustre un peu bancal
Me donnent un sursaut, une vigueur que vous n’aurez jamais,
Claquemurés derrière vos étaux aseptisés.
Je porte mon nom de jeune fille en bandoulière,
C’est vrai que c’est pas le mien,
C’est celui de mon père,
Mais par ce nom, je recommence ma vie, je prononce mon propre baptême,
Ivre de grenache, de muscat et de mourvèdre,
Je recommence ma vie,
A l’infini.

Duo de Feuilles et Tramontane
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Pile de feuilles rousses, feuilles mortes,
Au milieu de la cour, trône esseulé,
A l’instar des canidés que la fougue emporte,
Dans ce tas tentant, j’ai envie de me jeter.

J’ai six ans et il y a une épidémie de poux,
On nous ausculte on nous passe au crible,
Mais à six ans, les protocoles on s’en fout,
Tout ce qu’on veut c’est plonger dans la cible,

Faire bruisser la feuille d’automne sous ses pieds
S’en glisser une ou deux dans le pull juste pour voir,
S’en bâtir une coiffe, un sceptre, une robe de défilé
S’autoproclamer ainsi vêtue reine d’un soir.

Les instituteurs font rentrer les élèves dans les classes,
Mon nom résonne mais mes oreilles sont lasses ;
Je préférerais fusionner avec ce matelas épais,
Y élire mon royaume de princes, de fous et de fées.

Assise au premier rang, je fais semblant d’écouter,
Les lueurs du vespre dansent sur les branches excitées
Par la tramontane qui toute la journée s’est bien tenue,
Elles s’éveillent à un plaisir jusque là inconnu,

Celui de danser un ballet endiablé avec une drôle d’invitée,
Un peu folle, changeante et imprévisible,
Une dame de classe, une dame de style,
Qui rit aux éclats et jamais ne se retient,
D’effleurer ceux qu’elle croise sur son chemin.

Son chant litanique en a rendu fous plus d’uns,
Elle qui siffle et fait rire les esprits défunts
Elle qui s’insinue dans les rues, les cours, les cimetières,
Semble à tout bout de champ parée pour la guerre,

Mais d’un revers, étreint et caresse
Ceux aux joues replètes, aux yeux plein de liesse,
Ceux qui candides, sautent dans les feuilles d’or,
La laissent jouer, semer un joyeux bazar,
Courir avec les sylphides dans le royaume des airs
Et conter ses histoires à ceux qui rêvent les yeux ouverts.

Rue de la Bardère
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J’ai toujours adoré rêvasser dans le bus,
Me laisser guider pendant de longues minutes,
Ne pas conduire, ne pas connaître ce hiatus,
Où contre les rappels du réel le songe trébuche et bute.
Me laisser chavirer même lorsque je marchais,
Pour regagner mes pénates,
Et faire du soleil ennuagé,
Cornaline en feu, pâle agate,
Mon guide secret, mon hiérophante,
Soleil-brasier de qui j’enfante
Mille pierreries précieuses
Renfermant contes et berceuses,
Douces illusions des nuées fécondées
Dans lesquelles cinq minutes me lover.

J’ai toujours adoré suivre le sillage des cyprès
Quand déporté par le vent,
Il imprègne l’air d’essences boisées
Valsant allègrement face au ponant.
Me laisser enivrer, paupières closes,
Sur cette route pénétrée de fragrances,
Térébenthine, citronnelle, soupçon de roses
Bordant la voie qui se déroule et s’élance
Jusqu’aux sommets nivéens du Canigou
Jusqu’aux adrets éblouis, le froid dissous.
S’émerveiller devant les monts azuréens

Avant de retrouver quatre murs incarnats,
Quatre murs et des paupières de lavandin
Ornées de pyracanthas et de perles de grenat
Qui, juste avant de se fermer,
Me sourient et m’invitent à entrer.

5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. La félinité dit :

    Comme c’est beau ! Merci pour ce partage. Tes poèmes font résonner des souvenirs en moi. C’est le pouvoir de la poésie certainement. J’aime beaucoup Confessions au zinc, « La fille qui sirote son vodka-poème pour toujours »…

    Aimé par 1 personne

    1. Oh mais merci, ça me fait tellement plaisir qu’ils résonnent en toi… J’ai un peu peur qu’ils soient trop singuliers pour vraiment parler à quelqu’un, mais j’ai envie d’aller jusqu’au bout du processus. Alors merci pour ton retour, ça m’est infiniment utile ! Bises et bon courage pour tes exams ! Tu vas tout déchirer 😊

      Aimé par 1 personne

      1. La félinité dit :

        Merciiiii ! 🙂

        Aimé par 1 personne

  2. Je te souhaite plein de réussite pour tes projets d’écriture ! 🙂
    C’est vrai que parfois ça peut être compliqué de tout gérer en même temps mais bon, suis ton cœur et ton instinct et ne lâche pas tes rêves surtout ! (Toujours écouter la petite voix à l’intérieur 😉 )

    Aimé par 1 personne

    1. Owh merci c’est trop gentil !! Tu as totalement raison ❤️❤️❤️ je te souhaite aussi le meilleur ! !

      Aimé par 1 personne

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